L’apipuncture et ses trois protocoles

S’il est une technique qui contredit totalement l’appellation « médecine douce», c’est bien l’utilisation du venin d’abeille en santé naturelle. Il n’y a rien de doux dans cette pratique ancestrale, mais au contraire un processus aigu qui devient réparateur.

La puissance de la substance nous éloigne très clai- rement de l’effet

placebo, indolore ou psy- chologique.

Action thérapeutique

De nombreux pays utilisent cette technique en hôpital universitaire ou en clinique traditionnelle. La multitude de patients à travers les siècles montre à quel point l’histoire apporte la preuve de l’action thérapeutique du venin d’abeille. Mais il est clair que peu de personnes qui ont vécu ces traite- ments l’ont fait en « double aveugle ». Ce serait même plutôt l’inverse, le thérapeute ne pouvant en aucun cas ca- cher son acte à son patient dès que celui-ci était posé.

De par le monde, il existe plusieurs protocoles. Certains utilisent de l’apitoxine (extrait liquide de venin), d’autres des abeilles vivantes, d’autres encore pratiquent une acu- puncture avec des aiguilles traditionnelles trempées dans le venin, ou des onguents et des crèmes. Chacun aura son propre traitement et les posologies seront établies en conséquence.

Pour l’administration des piqûres d’abeilles vivantes, il existe communément trois techniques :

  • Les micro-piqûres : on utilise le dard comme une aiguille d’acupuncture. La quantité de venin délivrée varie entre 1 et 5 µg et un

aiguillon peut servir plusieurs fois sur différents points. Ce protocole a l’avantage d’être indolore ; même les enfants acceptent sans difficulté ce processus. Il est aussi appli- qué lors de traitements ocu- laires. Les micropiqûres dans les yeux sont une des tech- niques appropriées pour le syndrome de la « vision tun- nelisée ».

  • Les mini-piqûres : dès que le dard a pénétré la peau, on le retire en prenant bien soin de ne pas presser les glandes à venin afin d’éviter qu’elles ne se vident. Ces quelques dixièmes de seconde de présence de l’aiguillon apportent une quantité de venin qui varie entre 20 et 30 µg. C’est relativement peu douloureux. Cela permet de traiter certaines zones à de nombreuses reprises tout en réduisant le gradient de la douleur. Dans certains cas, on peut laisser le dard quelques secondes pour donner un peu plus de venin sur la par- tie affectée.
  • Les piqûres entières : c’est le troisième niveau. Il est plus douloureux, mais apporte environ 150 µg. C’est la dose

maximale qui a l’inconvénient d’avoir un pic aigu. C’est cer- tainement le frein le plus im- portant à la thérapie au venin d’abeille. Mais lorsque les pa- tients ressentent des critères d’amélioration, les piqûres sont accueillies comme sal- vatrices. La brûlure n’est plus écoutée de la même manière, elle est au contraire dépas- sée. Pour réduire la phase de souffrance, on peut utiliser des sprays de froid préala- blement sur la zone à piquer.

Toutes ces techniques doivent être faites dans un cadre médical avec un suivi thérapeutique très strict. Tout d’abord, le patient vérifiera s’il ne présente aucune aller- gie à la substance.

Depuis des siècles, il existe des apiculteurs sur tous les continents et que l’on sache, ce n’est pas un métier qui en- gendre plus de morts que les autres. La peur de la piqûre et de sa douleur sont les grands freins de cette thérapie. Les statistiques de « l’American Apitherapy Society », par exemple, ne donnent aucun cas mortel au cours de ces soixante dernières années et une réaction adverse survient

tous les millions de piqûres environ. Nous sommes donc très loin des dangers de la chimie de synthèse. C’est notre émotionnel qui nous fait croire qu’il y a risque.

L’art d’utiliser le venin n’est- ce pas autrement formuler la devise de Paracelse : « Seule la dose fait qu’une chose n’est pas un poison ».

Professeur Roch Domerego Naturopathe – Apiculteur « Spécialiste mondial de l’apithérapie, le Professeur Domerego utilise les produits de la ruche à des fins thérapeutiques. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de référence »

48 BIO INFO – JUIN 2016 – N° 161