Disparition des abeilles : de nombreuses raisons…

Depuis quelques années déjà, le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles (en anglais : Colony Collapse Disorder – CCD) hante nos apiculteurs. Cette catastrophe vient se rajouter à la longue liste des calamités qui se sont abattues ces 30 dernières années sur nos belles butineuses. Il y a eu le varroa, puis de nouveaux virus et depuis peu, le frelon asiatique. Enfin il y a cette « fameuse » disparition incompréhensible qui fait des ravages principalement en Europe et aux USA.

Du rendement à tout prix

Au cœur de nos sociétés, l’agri- culture intensive continue encore et toujours sa quête de productivité quelles qu’en soient les conséquences pour la planète. Sous couvert d’alimenter l’humanité, la belle excuse, nos cultiva- teurs tuent sans vergogne les écosystèmes les uns après les autres pour une quête de rentabilité à l’hectare. Il n’y avait déjà plus d’herbes sauvages, d’insectes dans le sol ou de petits animaux dans les bosquets… il n’y aura bientôt plus d’abeilles. La chimie a bon dos mais si les agriculteurs la refusaient, elle resterait sur les étagères et dans les stocks des grossistes. Quelles que soient les conséquences sur le terrain ou les preuves scientifiques des désastres provoqués, rien ne bouge… Pourvu que le tracteur soit encore plus gros, encore plus puissant l’année d’après. La ligne de conduite agronomique reste la même.

Apis-génocide

Une fois de plus, les abeilles nous montrent l’état de notre écosystème. Les Mayas vénéraient le Dieu de la vie

« Muzen Kaab » et y associaient les Melipona comme ses représentantes sur terre. Nous ferions bien de prendre cet exemple et de considérer nos abeilles locales comme les messagères de l’état de la nature qui nous entoure. Au- jourd’hui, elles disparaissent sans que nous ne compre- nions pourquoi. Le gaucho et autres composés chimiques qui les désorientaient totale- ment et les empêchaient de rentrer à la ruche n’ont pas été assez radicaux. Les nou- veaux produits qui arrivent sur le marché vont encore plus loin et détruisent com- plètement les colonies qui partent pour on ne sait où… Les enjeux financiers sont prioritaires dans la pensée qui anime les compagnie est mis en œuvre par les laboratoires phyto- sanitaires pour que leurs produits s’en sortent blanchis. » agro-alimentaires et notre société en général. Il est à parier que tout sera mis en œuvre par les laboratoires phytosanitaires pour que, encore une fois, leurs produits s’en sortent totalement blanchis. Ils seront annoncés encore plus performants que les précédents et bien plus inoffensifs… Que leur communication est bien huilée !

C’est cette agriculture indus- trielle qui utilise en masse les fongicides, pesticides et en- grais chimiques de synthèse, tous plus toxiques les uns que les autres, qui se rassure et se justifie de tout cela par un discours qui n’a pas changé depuis des décennies. Ses représentants se déclarent détenir « l’avenir de l’alimen- tation pour l’humanité ». Le nombre de pathologies que l’humain développe et qui sont inhérentes à cette « mal- bouffe toxique » leur importe Pour sauver les abeilles, il faut adopter des pratiques apicoles durables. » peu. Cela fera même faire des bénéfices colossaux au secteur pharmaceutique de ces mêmes ogres industriels.

Du local même pour elles

Dans ce contexte, il de- vient urgent pour sauver les abeilles, d’adopter des pratiques apicoles durables afin de contrer cette overdose de molécules inappropriées .

Et c’est là que le bât blesse… encore plus… Car nos apiculteurs, loin d’être différents de leurs frères d’armes de l’agriculture, utilisent les mêmes raisonnements qu’eux. Au lieu de dévelop- per la sélection à partir des races locales bien adaptées (en 90 millions d’années d’évolution), ils vont chercher ailleurs, sur d’autres conti- nents, des abeilles soi-disant tellement supérieures.

« Cette année, j’ai fait venir des Italiennes », dit l’un. « Ah non, je les ai déjà essayées, les Caucasiennes sont beaucoup mieux » dit l’autre.

« Vous n’y êtes pas, c’est maintenant les Australiennes qui sont encore plus perfor- mantes » dit le troisième.

La fuite en avant est la même que dans l’agrochimie. Tout cela n’a vraiment aucun sens sur le plan biologique et éco- logique.

Vrombissement d’alarme

Nous voyons là une cause fondamentale du dérègle- ment engendré par cette apiculture dite moderne. Elle devrait au contraire tout mettre en œuvre pour agir en synergie avec nos belles abeilles, pour les soutenir dans ces durs moments. Mais rien n’y fait, l’esprit qui anime ceux qui pratiquent cet éle- vage-là est identique à notre agronomie industrielle. Nos belles expriment peut être, par leur disparition, un cri à notre encontre et tirent

leur dernière cartouche d ’amour pour nous alerter une ultime fois sur la qualité de nos actes.

Nos agriculteurs ainsi que nos apiculteurs doivent se reprendre en main pour comprendre que l’état d’esprit qui nous anime aujourd’hui fera la Nature de demain. Nous ne pouvons pas courir vers cette absolue frénésie de la cupidité sans conséquence directe sur nos enfants. Nous sommes tous consommateurs et tous nous participons par nos choix de consommation à ce que sera notre planète bientôt. Alors, agriculteurs, apiculteurs,

consommateurs, ouvrons notre esprit pour comprendre que les enjeux ne sont pas qu’économiques. C’est dans la conscience de notre vraie nature que se situe le conflit à transcender. C’est elle qui fera ce que nous serons et ce que vivront les abeilles demain.

Professeur Roch Domerego Naturopathe – Apiculteur « Spécialiste mondial de l’apithérapie, le Professeur Domerego utilise les produits de la ruche à des fins thérapeutiques. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de référence »

FÉVRIER 2016 – N° 157 – BIO INFO 29