Rhumatismes et venin d’abeille

Paracelse, médecin et alchimiste suisse du 16e siècle, l’a clairement enseigné : « Toute substance est à la fois poison et médicament ; tout dépend de la dose administrée ». L’utilisation médicinale du venin remonte à l’Antiquité.

Hippocrate, Celse et Galien lui attribuaient déjà des propriétés curatives contre les rhumatismes.

Tout au long de l’ Histoire, on retrouve des évi- dences de son efficacité thérapeutique, les exemples les plus connus étant ceux d’Ivan le Terrible et Charlemagne qui s’en servaient pour lutter contre la goutte et les rhu- matismes ; mais c’est vers la fin du 19e siècle que Philip Terc, un médecin tchèque, apiculteur amateur, lui-même rhumatisant, a constaté que ses douleurs diminuaient pro- portionnellement aux piqûres qu’il recevait. Il décida alors d’étudier l’activité de ce pro- duit de manière scientifique, et observa que, sur près de mille malades, plus de 80% des résultats étaient satisfaisants. Il en conclut que tout individu pouvait se protéger contre de nombreuses mala- dies rhumatismales grâce au venin.

Le venin d’abeille, une tradithérapie

Pour les pathologies rhuma- tismales et principalement l’arthrose, l’utilisation du venin est « vieille comme le monde ». Les remèdes tra- ditionnels des thaumaturges étaient basés dans leur grande majorité sur les venins. Les baumes aux poisons de serpents – l’aspic des montagnes dans le Sud – les bains ou mas- sages d’orties, et les piqûres d’abeilles constituaient la panoplie des soins classiques des tradithérapeutes.

Pour l’arthrite, les symptômes se manifestent la plupart du temps par une inflammation d’une ou plusieurs articulations. Elle commence par une phase aiguë, mais c’est très souvent quand la situation est chronique que les patients consultent. Les causes peuvent être nom- breuses, consécutives à un traumatisme, une maladie, une faiblesse de l’organisme, une alimentation très désé- quilibrée, des carences, un manque d’activité, ou tout simplement le vieillissement. La rhumatologie est une spé- cialité qui concerne le plus souvent des personnes âgées, mais quand des jeunes sont at- teints, la situation est d’autant plus dramatique.

Une des raisons souvent évo- quées est le déficit circulatoire dans l’articulation, ainsi que la diminution du niveau du méta- bolisme.

En créant une phase inflamma- toires aiguë, le venin réactive la circulation, le métabolisme et l’efficacité du système im- munitaire.

Grâce à ce processus, une phase réparatrice peut être envisagée. Bien sûr, le venin n’est pas une panacée. Il faut le compléter par d’autres élé- ments qui vont s’associer de manière synergique. Dès que possible, il faut reprendre une activité physique douce,

techniques sont utilisées dans de nombreux pays avec grand succès

mais chez nous, elles restent ‘impropres à la consommation’… »

comme la marche ou la nata- tion. Le rapport acido-basique est souvent déréglé. Il faut donc mettre en place une ali- mentation qui va éviter toute acidification du terrain, et privilégier au contraire l’alca- linité. Certaines substances comme le gluten sont aussi pro-inflamatoires.

En 1986, une publication du British Medical Journal faisait état de risque d’augmentation significative des allergies au venin en présence d’anti-in- flammatoires tels que Ibupro- fène, Naproxène, Fénopro- fène, Sulindac, Piroxicam… Lors de l’établissement des protocoles, il faut donc veiller qu’il n’y ait pas de dissonance, voire de contre-indication des différentes méthodes théra- peutiques. Un suivi médical s’impose entre autres pour vérifier l’absence d’allergie. En fonction des résultats des analyses, une nutrimentation adéquate comprendra des minéraux, des acides gras, des antioxydants mais aussi de la chondroïtine et de la gluco- samine pour aider au niveau articulaire et cartilagineux. Ces compléments peuvent être as- sociés à des plantes telles que la prêle ou l’harpagophytum. Les autres produits de la ruche, comme le pollen et la gelée royale, viendront com- pléter cette supplémentation.

Un aromiel, composé de miel de romarin avec des huiles essentielles de Romarinus officinalis à verbenone, Oci- mum basilicum basilicum et laurus nobilis pourra aussi être conseillé, sauf aux femmes enceintes et aux enfants de moins de trois ans.

La concentration sera de 10 gouttes de chacune des huiles essentielles pour 100 g de miel. La dose sera de 10 g d’aromiel, à prendre trois fois par jour durant le traitement et un mois après.

Technique du « zoning »

Le protocole utilisé avec le venin est commun à toutes les pathologies rhumatismales. C’est la technique du zoning associée à la recherche des

« points gâchettes » doulou- reux. Sur la zone atteinte, le patient va déterminer préci- sément lui-même les points les plus sensibles, comme s’il

s’agissait de points d’acupunc- ture. Il faudra les marquer et les piquer.

Le nombre de piqûres sera fonction de la zone, mais sur- tout des repères définis. Plus une articulation est grande, douloureuse, plus le zoning sera important. La séance suivante se fera selon diffé- rents paramètres : la durée de l’inflammation, la douleur résiduelle due à la pathologie et l’amélioration des critères. Le principe de base, qui consiste à laisser le travail inflammatoire s’effectuer jusqu’au bout, sera le fonde- ment du raisonnement qui définira l’intervalle entre deux séances.

En effet, une règle absolue veut qu’on ne repique jamais sur une zone encore enflam- mée, même si le protocole prescrit d’intervenir à cet en- droit, car l’inflammation signi-

fie que la zone est encore en plein travail, et il s’agit avant tout de respecter ce proces- sus.

Il est possible de commencer le protocole par des mini-pi- qûres afin d’éviter de bouscu- ler la personne par une séance de départ trop violente.

Encore une fois, ces tech- niques sont utilisées dans de nombreux pays avec grand succès mais chez nous, elles restent «impropres à la consommation »…

Combien faudra-t-il de temps encore pour que nous ayons la liberté de choisir la médecine naturelle comme protocole thérapeutique sans pour au- tant être mis au ban de la doc- trine médicale dite moderne ?

Professeur Roch Domerego Naturopathe – Apiculteur « Spécialiste mondial de l’apithérapie, le Professeur Domerego utilise les produits de la ruche à des fins thérapeutiques. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de référence »

FÉVRIER 2017– N° 167 – BIO INFO 51